19 août : le jour où la photographie fut offerte au monde

Arnaud ElissaldeArnaud Elissalde

Arnaud Elissalde

Publié le 19 août 2026

Chaque année, le 19 août, la photographie est célébrée dans le monde entier. Cette date n'a pourtant rien d'anodin. Elle nous ramène à Paris, en 1839, à un moment où une invention encore mystérieuse va être révélée au public et changer durablement notre manière de regarder le monde.

Pour comprendre pourquoi le 19 août est devenu la Journée mondiale de la photographie, il faut remonter à cette journée particulière où le secret du daguerréotype est officiellement dévoilé.

La photographie existe déjà. Depuis les années 1820, Nicéphore Niépce cherche à fixer les images produites par la lumière et réalise les premières images photographiques conservées. Mais son procédé reste complexe et encore difficile à exploiter. Sa rencontre avec Louis Daguerre va donner une nouvelle dimension à ses recherches.

La plus ancienne photographie conservée, Point de vue du Gras, réalisée par Nicéphore Niépce vers 1826.

Nicéphore Niépce, Point de vue du Gras (vers 1826-1827) : la plus ancienne photographie conservée. Domaine public.

De Niépce à Daguerre


Lorsque Niépce et Daguerre commencent à travailler ensemble en 1829, ils poursuivent un même rêve : parvenir à fixer durablement les images que la lumière forme devant l'objectif.

Leurs recherches sont différentes mais complémentaires. Niépce a déjà réussi à obtenir des images grâce à l'héliographie. Daguerre, artiste et homme de spectacle, s'intéresse depuis longtemps aux effets de la lumière et cherche lui aussi à reproduire le réel avec toujours plus de précision.

Après la mort de Niépce en 1833, Daguerre poursuit seul les recherches. Ses expériences vont conduire à un procédé plus rapide et surtout beaucoup plus précis que les premières méthodes de Niépce.

Il lui donne le nom de daguerréotype.

Le principe est alors révolutionnaire. Une plaque de cuivre recouverte d'une fine couche d'argent est sensibilisée à la lumière. Après exposition et traitement chimique, une image extrêmement détaillée apparaît sur sa surface. Pour la première fois, il devient possible d'obtenir des représentations du monde avec une précision qui dépasse tout ce que les techniques de reproduction traditionnelles permettaient jusque-là.

Mais Daguerre n'a pas encore révélé son invention au grand public.

Le 19 août 1839


Le boulevard du Temple à Paris, daguerréotype de Louis Daguerre, 1838

Louis Daguerre, Boulevard du Temple (1838) : l'un des premiers daguerréotypes, première photographie à montrer un être humain. Domaine public.

Le moment arrive à Paris, le 19 août 1839.

Quelques mois plus tôt, le gouvernement français a décidé d'acquérir les droits liés au procédé de Daguerre afin de le rendre libre d'utilisation. L'invention ne sera donc pas réservée à Daguerre ou à quelques privilégiés : elle pourra être utilisée par tous.

Ce jour-là, François Arago présente officiellement le procédé devant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts. Les détails techniques du daguerréotype sont dévoilés et l'invention de Daguerre devient publique.

Portrait de François Arago, qui dévoila le daguerréotype en 1839.

François Arago présente le daguerréotype devant l'Académie des sciences, le 19 août 1839. Domaine public.

La scène est importante parce qu'elle marque bien davantage qu'une simple présentation scientifique.

Pour la première fois, le monde découvre concrètement la possibilité de fixer une image directement produite par la lumière.

La photographie sort alors des ateliers et des expériences pour entrer dans l'espace public.

C'est ce qui explique la place particulière du 19 août dans l'histoire de la photographie.

Une invention qui fascine immédiatement


La nouvelle se répand rapidement.

Le daguerréotype impressionne par la finesse de ses images. Les détails que l'on peut observer sur une plaque sont d'une précision étonnante pour l'époque. Les premières démonstrations suscitent la curiosité des scientifiques, des artistes, des écrivains et du grand public.

Très vite, des photographes commencent à expérimenter le procédé dans différentes villes d'Europe et d'Amérique.

Les premiers portraits apparaissent. Des monuments sont photographiés. Les paysages urbains deviennent des sujets. Des familles souhaitent conserver l'image de leurs proches.

La photographie commence ainsi à quitter le domaine de l'expérimentation pour devenir une pratique. Elle va progressivement transformer notre rapport au portrait, au paysage et à la mémoire.

Photographier devient une manière de conserver


Avant la photographie, conserver l'image d'une personne demandait le travail d'un peintre, d'un dessinateur ou d'un graveur. Le portrait était une interprétation réalisée par la main d'un artiste et restait généralement réservé à ceux qui pouvaient en financer la réalisation.

La photographie change profondément cette relation à l'image. Désormais, il devient possible de conserver le visage d'une personne avec une précision jusque-là inconnue. Le portrait photographique va rapidement prendre une place considérable dans les familles.

Mais quelque chose de plus profond se joue également. La photographie permet de retenir un instant. Elle donne une forme à quelque chose qui, par nature, disparaît.

C'est peut-être cette fonction qui explique pourquoi, près de deux siècles plus tard, nous continuons à photographier avec autant de force.

Pourquoi prenons-nous encore des photographies ?


Aujourd'hui, photographier est devenu presque instinctif. Nous avons un appareil dans notre téléphone et pouvons conserver une image en une fraction de seconde.

Pourtant, notre geste n'est pas si différent de celui des premiers photographes.

Nous photographions parce qu'un instant attire notre attention et que nous avons envie de le retenir. Nous savons que la lumière va changer, que le paysage ne sera plus exactement le même, que les personnes qui nous entourent vont évoluer et que certains moments ne reviendront pas.

Une photographie permet alors de conserver une trace. Elle ne garde pas réellement le moment. Elle ne peut pas enregistrer ce que nous avons entendu, ressenti ou pensé. Mais elle peut faire revenir tout cela lorsque nous la regardons des années plus tard.

C'est ce qui explique la force des photographies anciennes. Une image imparfaite peut devenir précieuse simplement parce qu'elle est liée à une histoire que nous ne voulons pas perdre.

Du souvenir au témoignage


La photographie ne va cependant pas tarder à dépasser la sphère privée.

À mesure que les techniques progressent, elle devient un outil pour documenter le monde. Les photographes commencent à montrer les villes, les monuments, les paysages et les transformations de leur époque. La photographie entre progressivement dans les journaux, dans les livres, dans les institutions scientifiques et dans les pratiques artistiques.

Elle devient une manière de témoigner.

Une photographie peut conserver la trace d'un lieu qui n'existe plus. Elle peut montrer un événement à ceux qui ne l'ont pas vécu. Elle peut rendre visible une réalité éloignée et participer à la mémoire collective.

Mais elle reste toujours le résultat d'un regard. Le photographe choisit où se placer, ce qu'il montre et ce qu'il laisse en dehors de l'image. Même lorsqu'elle prétend documenter le réel, une photographie est donc toujours une interprétation de celui-ci.

Cette question est devenue encore plus importante aujourd'hui, à l'heure où les images peuvent être retouchées, transformées et générées par l'intelligence artificielle.

De Daguerre à l'image numérique


Il est fascinant de mesurer le chemin parcouru depuis le 19 août 1839.

Le daguerréotype demandait du temps, des produits chimiques et une préparation minutieuse. L'image était unique et directement fixée sur une plaque métallique.

Aujourd'hui, une photographie peut être réalisée instantanément, stockée par milliers et partagée dans le monde entier en quelques secondes.

La photographie est devenue si simple et si présente qu'elle semble parfois avoir perdu le caractère exceptionnel qu'elle avait aux débuts du daguerréotype. Pourtant, notre rapport à l'image repose toujours sur le même désir :

  • Nous voulons conserver ce qui passe.
  • Nous voulons garder la trace d'une personne, d'un lieu ou d'un moment.
  • Nous voulons pouvoir regarder demain ce que nous avons vu aujourd'hui.

Le paradoxe de notre époque


Nous produisons désormais plus d'images que jamais. Mais cette abondance pose une nouvelle question : que deviennent toutes ces photographies ?

Certaines disparaissent dans la mémoire d'un téléphone. D'autres sont partagées puis oubliées. Quelques-unes seulement traverseront réellement le temps.

Cette situation est assez proche, finalement, de ce qui s'est joué aux débuts de la photographie. À chaque époque, la technologie nous permet de produire davantage d'images, mais leur véritable valeur apparaît souvent plus tard.

Une photographie peut sembler insignifiante lorsqu'elle est prise et devenir essentielle des années après.

Nous ne savons pas toujours quelles images deviendront nos souvenirs.

Pourquoi célébrer le 19 août ?


Le 19 août n'est donc pas seulement une date choisie pour rendre hommage à la photographie. C'est le souvenir d'une journée où une invention a été révélée au public et rendue accessible au monde.

En présentant le daguerréotype en 1839, Daguerre et Arago ne savaient évidemment pas ce que la photographie allait devenir. Ils ne pouvaient pas imaginer les appareils argentiques, la photographie couleur, le numérique, le smartphone ou les images générées par intelligence artificielle.

Ils ont pourtant ouvert une porte qui n'a jamais cessé de s'élargir.

La photographie est devenue un langage universel. Elle permet de raconter nos vies, de documenter notre époque et de transmettre notre mémoire.

Deux siècles après, le même geste


À l'approche du bicentenaire de la photographie, le 19 août nous offre donc une belle occasion de regarder le chemin parcouru.

Tout a changé autour de la photographie, mais son geste essentiel reste étonnamment simple.

Quelqu'un regarde.

Quelque chose retient son attention.

Alors il décide de conserver cette image.

C'est peut-être ce qui relie le premier regard photographique de Niépce aux millions d'images réalisées aujourd'hui. Les techniques ont évolué, les appareils sont devenus presque invisibles et les images sont désormais partout. Mais le désir demeure. Arrêter un instant. Le garder. Et pouvoir, un jour, le regarder à nouveau.

C'est peut-être cela que nous célébrons véritablement chaque 19 août.
La photographie n'est pas seulement l'histoire d'une invention. C'est l'histoire d'un regard que nous avons appris à conserver.

FAQ

Parce que le 19 août 1839, à Paris, François Arago présente officiellement le procédé du daguerréotype devant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts. Le gouvernement français en avait acquis les droits pour le rendre libre d'utilisation : la photographie devenait accessible à tous.

Nicéphore Niépce réalise dès les années 1820 les premières images photographiques conservées, grâce à l'héliographie. Louis Daguerre, avec qui il travaille à partir de 1829, met au point après la mort de Niépce (1833) un procédé plus rapide et plus précis : le daguerréotype.

C'est le premier procédé photographique diffusé publiquement. Une plaque de cuivre recouverte d'une fine couche d'argent est sensibilisée à la lumière ; après exposition et traitement chimique, une image très détaillée apparaît sur sa surface.

Le 19 août 1839, avec le dévoilement officiel du daguerréotype. La photographie sort alors des ateliers et des expériences pour entrer dans l'espace public.

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