
Pierre Le Forestier
Dans les caves et les greniers reconvertis en laboratoires argentiques, un nom italien revient sans cesse : Durst. Sur les forums de photographes, on s'échange des conseils, on chasse le bon condenseur d'occasion, on compare les optiques comme d'autres comparent des voitures de collection. Le M800, agrandisseur moyen format sorti dans les années 1970, en est l'un des symboles. Retour sur une marque et sur une machine qui, près de vingt ans après l'arrêt de sa production, continue d'équiper les chambres noires.
L'histoire commence en 1936 à Bressanone, dans le Tyrol du Sud, alors italien depuis peu. Deux frères, Julius et Gilbert Durst, passionnés de photographie et encouragés par une mère elle-même adepte de la chambre noire, montent une affaire de réparation d'appareils photo dans les murs d'une ancienne brasserie. Le financement vient d'une famille locale de maroquiniers, les Oberrauch, qui restera associée à l'entreprise pendant des décennies.
Très vite, les deux frères ne se contentent plus de réparer : ils inventent. Dès 1938, ils déposent un brevet pour un agrandisseur à mise au point automatique, une idée en avance sur son temps. Durst fabriquera aussi des appareils photo pendant près de vingt-cinq ans, dont le premier boîtier moyen format 6×9 de la marque, le Gil, en 1938, puis un appareil 35 mm à exposition automatique, l'Automatica, en 1956. Mais c'est l'agrandisseur qui deviendra le véritable métier de la maison.
L'entreprise grandit sans à-coups majeurs, échappant à la production d'armement pendant la guerre grâce à sa petite taille. Elle atteint son sommet commercial en 1979, avec environ 107 000 agrandisseurs vendus cette seule année-là. Plus de cinq cents brevets seront déposés au fil du temps sur les mécanismes et les optiques d'agrandissement.
Le déclin suit la même trajectoire que celle de l'argentique tout entier : l'essor des minilabs, puis l'arrivée du numérique, finissent par avoir raison de cette activité historique. Durst arrête la fabrication d'agrandisseurs fin 2006. La société existe pourtant toujours aujourd'hui, réinventée en fabricant d'imprimantes numériques grand format (les gammes Lambda, Rho ou Tau), et fête en 2026 ses quatre-vingt-dix ans d'existence.
Repères chronologiques de l'histoire de Durst, de sa fondation à sa réorientation numérique.
C'est dans les années fastes de la marque, entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980, que s'installe le M800 dans le catalogue Durst. Il occupe une place particulière : celle de l'agrandisseur capable de monter jusqu'au 6×9 cm, quand une bonne partie de la gamme grand public de la marque plafonnait au 24×36 ou au 6×6.
Sur le terrain, l'appareil a la réputation d'être increvable : une masse de métal montée sur colonne, avec une tête qui peut basculer pour redresser les perspectives architecturales, un atout apprécié des amateurs de photo de bâtiments. La version de base est monochrome, à condenseur, alimentée par une simple ampoule 220 V en lumière semi-dirigée. Des variantes existent avec une tête couleur (une CLS 80 par exemple), fonctionnant cette fois en diffusion, sans condenseur, avec dosage des filtrations cyan, magenta et jaune.
Le revers de cette polyvalence : chaque format de négatif exige son propre couple condenseur et passe-vue. Passer du 24×36 au 6×9 sur le même appareil suppose donc de posséder les bonnes pièces, aujourd'hui devenues rares et parfois chères sur le marché de l'occasion. C'est le principal point de vigilance cité par les utilisateurs qui s'échangent des conseils en ligne : mieux vaut acheter un M800 « complet » plutôt qu'un châssis nu, sous peine de chasser pendant des mois la pièce manquante.
Autre détail qui a son importance pour quiconque veut faire vivre la machine aujourd'hui : la platine porte-objectif est en filetage M39, le standard dit « filetage Leica », le plus répandu chez les fabricants d'agrandisseurs de l'époque. Un choix qui, aujourd'hui encore, ouvre au M800 les portes de presque toutes les optiques d'agrandissement disponibles d'occasion.
Schéma de principe d'un agrandisseur à condenseur, du type de la tête noir & blanc du M800.
Avant de comparer les marques d'optiques, un rappel s'impose : la focale doit être adaptée au format du négatif projeté, sous peine de vignetage ou de perte de qualité en bord de champ.
| Format du négatif | Focale recommandée |
|---|---|
24×36 mm | 50 mm |
6×4,5 cm | 75 à 80 mm |
6×6 cm | 80 mm |
6×7 / 6×9 cm | 100 à 105 mm (parfois 135 mm) |
Détail méconnu des non-initiés : Durst n'a jamais fabriqué ses propres verres. Les objectifs vendus sous son nom, les Neonon et les Neotaron, sortaient en réalité des ateliers de deux géants allemands de l'optique, Schneider-Kreuznach et Rodenstock, qui équipaient également la concurrence. Voici, focale par focale, les grandes familles d'optiques que l'on peut monter sur un M800.
| Marque Gamme | Fabricant réel | Focales courantes | Formule | Points forts | Points d'attention |
|---|---|---|---|---|---|
Durst Neonon | Schneider-Kreuznach | 50, 80, 105 mm | 6 éléments | Bon rapport qualité/prix, très répandu d'occasion, pensé pour les agrandisseurs Durst | Qualité un cran sous les gammes « pro » Schneider ; diaphragmes parfois encrassés |
Durst Neotaron | Rodenstock | 50 mm | 6 éléments | Alternative Rodenstock à prix contenu, bonne homogénéité de champ | Gamme plus restreinte que le Rodagon |
Schneider Componon | Schneider-Kreuznach | 50, 80, 100, 135 mm | 4 éléments | Excellent classique, bon piqué au centre | Un peu moins homogène en périphérie que le Componon-S |
Schneider Componon-S | Schneider-Kreuznach | 50, 80, 100, 135, 150 mm | 6 éléments | Référence historique N&B et couleur, très bonne planéité de champ, fort contraste | Prix plus élevé d'occasion, encombrement légèrement supérieur |
Rodenstock Rodagon | Rodenstock | 50, 80, 90, 105, 135, 150 mm | 6 éléments | Très haute résolution, excellent piqué jusqu'aux bords | Prix similaire au Componon-S, longues focales plus rares |
Nikon EL-Nikkor | Nikon | 50, 63, 75, 80, 105, 135 mm | 4 à 6 éléments selon version | Très bonne réputation, excellente rigidité mécanique, faciles à trouver | Versions 4 éléments un cran sous Componon-S / Rodagon en périphérie |
Fujinon EX / Fujinar | Fujifilm | 50, 75, 90, 105 mm | 6 éléments (EX) | Très bon niveau optique, prix souvent plus accessible | Moins courant en Europe, notices parfois en japonais |
Meopta Meogon / Anaret | Meopta | 50, 80 mm | 6 (Meogon) / 4 (Anaret) | Bon compromis qualité/prix, monture M39 native | Gamme de focales plus limitée pour le moyen format |
Sur le terrain, le duo Componon-S et Rodagon fait figure de référence absolue, particulièrement en bord d'image. Les optiques maison Neonon et Neotaron, sorties des mêmes usines allemandes, restent un choix rationnel pour équiper un M800 sans se ruiner. Les EL-Nikkor, très répandus d'occasion, complètent utilement le tableau pour les budgets serrés.
Le M800 n'était qu'une pièce d'un catalogue Durst tentaculaire, qui allait du modèle d'entrée de gamme en plastique jusqu'à la machine de studio professionnel. Voici comment il se positionne face aux autres agrandisseurs argentiques de la marque.
| Modèle | Format max. | Éclairage | Public visé | Ce qui les distingue |
|---|---|---|---|---|
M301 / M305 | 24×36 mm | Condenseur (N&B) ou tête couleur CLS selon version | Débutants, petit budget | Entrée de gamme, souvent en plastique, réservée au 35 mm |
M370 | 24×36 mm | Condenseur / tête couleur | Amateurs | Version plus aboutie que le M305, châssis plus rigide, toujours limitée au 35 mm |
M601 | 24×36 mm (extensible en 4,5×6 selon accessoires) | Condenseur semi-dirigé | Amateurs confirmés | Robustesse reconnue, colonne graduée, nombreux accessoires |
M605 / M606 / M609 | 6×6 cm | Condenseur ou boîte à lumière à géométrie variable | Amateurs moyen format | Compromis populaire compacité / polyvalence, très recherché d'occasion |
M670 | 6×6 cm | Tête « vario-contraste » à diffusion | Amateurs et semi-pro N&B | Pensé pour le papier multigrade, boîtes à lumière dédiées par format |
M700 / M800 / M805 | 6×9 cm | Condenseur (M700, M800) ou tête couleur CLS (M805) | Photographes moyen format exigeants | Trio historique du moyen format ; le M805 succède au M800, lui-même héritier du M700 |
Laborator 1200 | 24×36 mm à 10×12,5 cm (4×5") | Condenseur ou tête couleur CLS 450 / CLS 501 | Studios et professionnels | Haut de gamme absolu, seul modèle courant à couvrir aussi le grand format 4×5" |
Trois familles se dessinent nettement. En bas de l'échelle, les M301, M305 et M370 ciblent le 35 mm et un usage occasionnel, avec des châssis plus légers. Au milieu, les M605, M606, M609 et M670 s'adressent aux amateurs qui veulent aussi tirer du 6×6, avec des systèmes d'éclairage plus élaborés. En haut, le trio M700, M800 et M805 grimpe jusqu'au 6×9, avant que le Laborator 1200 ne vienne, seul, ouvrir la porte du 4×5 pouces pour les professionnels équipés en chambre.
Le M800 occupe ainsi une position charnière : plus permissif qu'un simple agrandisseur 24×36, mais loin de l'encombrement et du budget d'un Laborator 1200. C'est sans doute ce qui explique sa cote persistante chez les amateurs de moyen format qui n'ont ni l'espace ni l'envie de s'encombrer d'une machine de studio.
Le Durst M800 reste, près de cinquante ans après sa sortie, l'un des agrandisseurs moyen format les plus recherchés d'occasion : robuste, capable de monter jusqu'au 6×9 cm, et compatible, grâce à sa monture M39, avec la quasi-totalité des grandes optiques d'agrandissement du marché. À condition de le trouver complet, accessoires et condenseurs inclus, il continue d'offrir un excellent point d'entrée dans le moyen format argentique, entre les petits modèles 24×36 de la marque et l'imposant Laborator 1200 réservé aux ateliers professionnels.
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C'est un agrandisseur argentique moyen format fabriqué par la marque italienne Durst à partir du milieu des années 1970. Il peut agrandir des négatifs jusqu'au format 6×9 cm.
Du 24×36 mm jusqu'au 6×9 cm, à condition de disposer du bon couple condenseur et passe-vue pour chaque format.
Sa platine est au filetage M39 (dit « filetage Leica »), le plus répandu chez les agrandisseurs. Il accepte donc la plupart des optiques d'agrandissement : Schneider Componon-S, Rodenstock Rodagon, Nikon EL-Nikkor, ainsi que les Neonon et Neotaron vendus par Durst.
Non. Durst a arrêté la fabrication d'agrandisseurs fin 2006 et s'est réinventé en fabricant des imprimantes numériques grand format. L'entreprise fête ses quatre-vingt-dix ans en 2026.
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