Il y a des vies de photographe qui tiennent en une filiation. Celle de Marc Paygnard commence par un honneur rare : le grand Jean Dieuzaide, figure de la photographie française, le choisit un jour comme son filleul. Un demi-siècle plus tard, c'est Marc Paygnard qui devient parrain à son tour, celui du collectif Argia et de son cycle Regards Croisés. La boucle dit tout d'un homme : la transmission comme fil rouge, et cette conviction que le regard se passe de main en main.
Né le 15 mai 1945 à Trieux, en Meurthe-et-Moselle, aux confins de la Belgique et du Luxembourg, Marc Paygnard vit aujourd'hui en Haute-Saône, près de Vesoul. Entre les deux, plus d'un demi-siècle passé à photographier le monde et les siens.
Son école, ce fut d'abord le journal. Il débute au Républicain Lorrain, à Metz, puis rejoint L'Est Républicain, où il travaille à Longwy, Nancy et Vesoul. La photographie de presse quotidienne lui apprend l'essentiel : être là au bon moment, regarder vite et juste, raconter en une image.
En 1979, un tournant. Marc Paygnard entre à la célèbre agence Rapho, à Paris, cette maison qui a rassemblé quelques-uns des plus grands noms de la photographie du XXe siècle. Il y côtoie Robert Doisneau, Édouard Boubat, Willy Ronis, Hans Silvester. Autour de lui, une famille de regards, celle que l'histoire de l'art appellera plus tard la photographie humaniste : ces photographes qui placent l'être humain ordinaire au cœur de l'image, avec empathie et dignité.
Pédagogue autant que reporter, il enseignera sept ans au CFPJ, l'école de journalisme de la rue du Louvre à Paris, succédant à Paul Almasy, et interviendra à l'Université de Franche-Comté et dans de nombreux stages.
Marc Paygnard appartient à cette génération de transition qui a prolongé la flamme des humanistes quand le courant, lui, s'était déjà effacé. Son terrain, d'abord, ce sont les siens : le déclin des mines de fer et de la sidérurgie en Lorraine, le monde rural des Vosges du Sud et de la Franche-Comté, ces vies simples qu'il photographie avec tendresse et souvent avec humour. Puis le monde : une cinquantaine de pays parcourus, jusqu'au pays Dogon, en quête des visages, des frontières, des rivages et des gestes du quotidien.
Ses images ont été publiées dans des centaines de journaux et magazines, du Monde à Paris Match, de Stern à Polka et Photo Mag. Il a signé une quarantaine de livres, patient inventaire d'un demi-siècle passé à regarder.
En 1982, la Fédération photographique de France lui décerne son Grand Prix d'Auteur. Ses photographies rejoignent les collections de grands musées, en France comme à l'étranger, jusqu'au Metropolitan de Tokyo. Exposé de nombreuses fois, chez lui comme au loin, il garde pourtant une singularité qui le fait sourire : jamais encore une exposition à Paris.
En 2015, la biennale photographique de Sedan lui offre une rétrospective de trois cents images, réunies sous un titre qui lui ressemble : L'émerveillé (Éditions Noires Terres). Le mot n'est pas choisi au hasard. Marc Paygnard photographie comme on s'étonne, en cherchant, selon ses propres mots, « le plus beau, le plus émouvant ». C'est peut-être là sa signature la plus juste : un regard qui, après cinquante ans, continue de s'émerveiller.
En devenant le parrain de Regards Croisés #2 : Raconter le monde, Marc Paygnard offre à Argia bien plus qu'un nom. Il incarne, en chair et en œuvre, cette filiation humaniste que le collectif revendique non comme un héritage figé, mais comme des valeurs toujours vivantes : le respect des personnes photographiées, l'attention à l'autre, la place donnée à l'humain.
Cette année, la santé ne lui permet pas de faire le déplacement à Hendaye. Mais son œuvre, elle, sera bien là. Au centre de la salle d'exposition, un espace lui est consacré, avec la diffusion en continu d'un reportage réalisé autour de son travail. Une manière de faire vivre son regard parmi ceux des quatre photographes de l'exposition, en attendant de le retrouver, en pleine forme, comme invité d'honneur du Festival des Trois Couronnes, au printemps 2027.
Un hommage lui est rendu au sein de l'exposition Regards Croisés #2 : Raconter le monde, à l'Espace culturel Mendi Zolan (Hendaye), du 16 septembre au 10 octobre 2026. Entrée libre.
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