Ana Del Amor et Patrice Rolle : faire entendre Sound and Vision

Arnaud ElissaldeArnaud Elissalde

Arnaud Elissalde

Publié le 22 juillet 2026

Regards Croisés #1 — Sound and Vision met en dialogue la photographie et la musique. Si Diego Gil en retrace l'histoire en conférence et Simon Arcache la photographie en argentique, deux autres intervenants s'y chargent du son lui-même : la DJ Ana Del Amor, qui ouvre le week-end le samedi 1er août, et le disquaire Patrice Rolle, alias Vintage Vinyl, qui le clôt le dimanche 2 août. Voici leurs deux portraits. Entrée libre, Halle de Gaztelu, Hendaye, du 31 juillet au 2 août 2026.

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Ana Del Amor : une ambiance musicale pour ouvrir l'exposition


Musicienne et chanteuse avant de devenir DJ, Ana Del Amor met sa formation scénique au service d'un exercice différent : accompagner une exposition plutôt que remplir une piste de danse. Le samedi 1er août, elle ouvre Regards Croisés #1 aux côtés des photographies argentiques de Simon Arcache et des pochettes de vinyles réunies pour l'occasion.

Accompagner un regard plutôt qu'animer une salle

Son intervention n'est pas pensée comme un DJ set autonome, mais comme un accompagnement du regard. Une sélection musicale qui laisse le temps aux images, qui installe une atmosphère sans jamais la couvrir, pour que le public entre dans l'exposition avec l'oreille autant qu'avec l'œil. C'est un exercice moins spectaculaire qu'un set de club, mais plus exigeant : il s'agit de soutenir sans dominer, de créer une continuité sonore entre les tirages argentiques de Simon Arcache — portraits de musiciens de blues du Sud des États-Unis — et les pochettes de vinyles exposées.

Une écoute apprise sur scène

Cette capacité à ajuster une énergie en fonction d'un contexte, elle la doit à des années de scène. Chanter oblige à lire un public en temps réel, à sentir ce qu'une salle attend avant qu'elle ne le formule, à savoir quand pousser et quand se retirer. C'est cette même écoute qu'elle transpose ici, dans un cadre où la musique doit servir le propos de l'exposition plutôt que s'imposer sur elle.

Une sélection inspirée par les vinyles exposés

Le choix n'est pas anodin. Plutôt que de composer une ambiance neutre, Ana Del Amor puise directement dans les artistes et les groupes représentés par les pochettes de vinyles exposées, celles réunies par Patrice Rolle. Sa sélection devient ainsi un prolongement sonore de la scénographie : les visiteurs entendent, au moins en partie, ce que les pochettes affichées leur montrent déjà en image. Cette manière de faire dialoguer un mix avec une exposition de disques renverse le rapport habituel entre le DJ et son public : il ne s'agit plus de construire une énergie de soirée, mais de rendre audible ce que les vinyles exposés donnent seulement à voir.

En ouvrant la journée, Ana Del Amor pose le climat dans lequel le public découvrira l'ensemble de l'exposition. Une manière discrète mais déterminante de faire de Sound and Vision un événement où le son n'accompagne pas l'image en fond sonore, mais participe pleinement à ce qu'elle donne à ressentir.

Samedi 1er août 2026, Halle de Gaztelu, Hendaye

Patrice Rolle : un disquaire ambulant


Il y a ceux qui écoutent la musique, et ceux qui la vivent. Collectionneur de vinyles avant tout, Patrice Rolle a fait de cette passion un métier, une écriture et un regard — trois manières de dire la même chose.

Vintage Vinyl, une mémoire itinérante

Disquaire itinérant sous le nom de Vintage Vinyl, il transporte ses bacs de salon en festival, de salle de concert en lieu alternatif, comme on transporte une mémoire : celle des pochettes, des pressages, des faces B oubliées. Le disque, chez lui, n'est jamais un simple support. C'est un objet qui se regarde autant qu'il s'écoute, une image et un son réunis dans le même geste — celui de poser l'aiguille.

Vingt ans à raconter la musique

Cette double attention traverse tout son parcours. Directeur de publication de l'agenda culturel anglophone Life 64 de 2003 à 2006, rédacteur et chroniqueur musical pour Freemag, Factotum et divers fanzines de 2001 à 2021 : vingt ans passés à chercher les mots justes pour parler musique.

Dj's Psyko Moreno

Derrière les platines, il devient Dj's Psyko Moreno, en radio, en discothèque, dans les musées et lors d'événements culturels. Mixer, chez lui, tient moins de la performance technique que de la narration : un set se construit comme un récit photographique, fait de montées, de ruptures et de respirations.

Le photographe des concerts

Patrice photographie également ses voyages et les concerts, ces instants où le son prend corps : un visage dans la lumière d'un projecteur, une foule suspendue, la fatigue heureuse d'un musicien entre deux morceaux.

Sound and Vision : Patrice Rolle aux Regards Croisés #1

C'est précisément ce dialogue que Regards Croisés #1 — Sound and Vision met en jeu. La photographie fige un instant, la musique le fait durer. À Regards Croisés #1, Patrice Rolle apporte la troisième voix du dialogue Sound and Vision. Là où Diego Gil retrace l'histoire de la pochette de disque en conférence, où Simon Arcache photographie en argentique l'intimité des musiciens de blues du Sud des États-Unis, Patrice, lui, fait entendre ce que les deux autres donnent à voir.

Il assure l'intervention musicale en clôture de l'événement, le dimanche 2 août 2026 à partir de 17h30 — un mix pensé comme un prolongement de l'exposition plutôt que comme un fond sonore. Une manière de faire circuler entre les images de Simon Arcache et les visiteurs quelque chose du grain propre au blues qu'elles montrent, ce même souffle documentaire, cette même intimité entre l'artiste et l'objectif.

Il complète aussi la scénographie de pochettes de vinyles du collectif Argia imaginée pour l'occasion : des pochettes exposées viennent de sa propre collection, celle-là même qu'il transporte depuis des années sous le nom de Vintage Vinyl. Le disquaire prête ainsi ses pochettes au regard, quand le DJ prête sa sélection à l'écoute — deux facettes d'un même geste de collectionneur mis au service de l'exposition.

Quatre regards, une même matière

Le lien entre le son et l'image, exploré depuis quatre postes différents : la conférence de Diego Gil, la photographie de Simon Arcache, et le mix — en ouverture avec Ana Del Amor, en clôture avec Patrice Rolle. Une même matière, quatre manières de la faire résonner.

Du 31 juillet au 2 août 2026, Halle de Gaztelu, Hendaye. Entrée libre

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