
Pierre Le Forestier
Le Pentax 645 occupe une place à part dans l'histoire du moyen format. Avec son négatif de 6×4,5 cm, ce système offre un compromis rare entre la maniabilité du 24×36 et la qualité d'image du moyen format — décliné sur plus de quatre décennies, de l'argentique au numérique. Voici le guide complet de la gamme, boîtier par boîtier et optique par optique.
© Crédit photo : Kurt Bauschardt from Edmonton, Canada
Lancé en 1984 avec le Pentax 645, ce système répondait à une demande claire : proposer un moyen format aussi proche que possible d'un reflex 24×36 dans son utilisation, avec autofocus, motorisation et ergonomie familière, tout en conservant les avantages du grand capteur (ou du grand négatif) en termes de profondeur de champ réduite, de dynamique et de rendu des tons. Contrairement aux systèmes Hasselblad ou Mamiya RZ/RB, plus orientés studio, le 645 visait aussi le reportage et le travail de terrain.
Le boîtier fondateur. Autofocus rudimentaire selon les standards actuels, mais révolutionnaire pour l'époque en moyen format. Visée à prisme fixe, vitesse maximale au 1/1000s, synchro flash au 1/60s. Robuste mais relativement lourd, il a posé les bases ergonomiques de toute la lignée.
Évolution majeure : autofocus amélioré, affichage LCD dans le viseur, et surtout possibilité de changer le dos. Mise au point plus rapide et plus fiable que le modèle original, viseur plus lumineux. C'est souvent le boîtier recommandé pour qui découvre le système en occasion, du fait de son excellent rapport fiabilité/prix.
Version perfectionnée du N : mémorisation de mise au point améliorée, correction d'exposition plus fine, meilleure étanchéité aux poussières. Les différences avec le N restent marginales pour un usage courant, ce qui explique que le N reste très recherché en occasion à prix inférieur.
Caractéristiques communes aux boîtiers argentiques :
Défauts récurrents : autofocus lent comparé au 24×36 même sur les derniers modèles, viseur moins lumineux que les versions à visée Waist-Level d'autres systèmes, dépendance aux piles pour toutes les fonctions.
© Crédit photo : beve4, Flickr
Premier moyen format numérique de Pentax, après une longue gestation. Capteur CCD Kodak de 40 mégapixels au format 44×33 mm (plus petit que le négatif argentique 6×4,5 mais bien supérieur au 24×36). Tropicalisation complète, une première dans cette catégorie. Sensibilité limitée (ISO 100-1600) du fait du capteur CCD, traitement du bruit perfectible aux hautes sensibilités, mais qualité d'image exceptionnelle en basse sensibilité avec une dynamique remarquable.
Le boîtier qui a changé la donne. Capteur CMOS Sony de 51 mégapixels, montée en sensibilité jusqu'à ISO 204800 (en pratique exploitable jusqu'à 6400-12800), écran orientable, vidéo Full HD, autofocus nettement amélioré. Tropicalisé, robuste, il reste considéré comme l'un des meilleurs rapports qualité-prix du moyen format numérique, talonnant des systèmes Hasselblad ou Phase One bien plus onéreux.
| Boîtier | Année | Négatif / capteur | À retenir |
|---|---|---|---|
Pentax 645 | 1984 | Négatif 6×4,5 | Fondateur, robuste, AF rudimentaire |
Pentax 645N | 1997 | Négatif 6×4,5 | AF amélioré, dos interchangeable, meilleur rapport prix/fiabilité en occasion |
Pentax 645NII | 2001 | Négatif 6×4,5 | Perfectionne le N (différences marginales) |
Pentax 645D | 2010 | CCD Kodak 40 Mpx (44×33) | 1er MF numérique Pentax, tropicalisé, dynamique en basse ISO |
Pentax 645Z | 2014 | CMOS Sony 51 Mpx (44×33) | Référence rapport qualité-prix du MF numérique, jusqu'à 14 stop |
Le système 645 a connu plusieurs générations d'objectifs, identifiables par leur dénomination.
© Crédit photo : Jussi You-S-See - Pentax 645
Première génération, monture à diaphragme manuel couplé. Construction tout métal très robuste, mais sans contacts électroniques modernes. Aujourd'hui recherchée par les puristes pour sa simplicité mécanique, malgré l'absence d'autofocus.
Introduction de l'autofocus et des contacts électroniques. Gamme couvrant les focales essentielles : 35mm, 45mm, 75mm, 80-160mm zoom, 150mm, 200mm, 300mm, et le célèbre macro 120mm. Construction encore largement métallique, qualité optique très réputée notamment sur les focales fixes.
Optimisées pour le numérique : revêtements améliorés contre le flare et les reflets sur capteur, construction plus moderne incluant parfois des éléments en polycarbonate. Compatibles avec tous les boîtiers, argentiques comme numériques.
Qualités générales des optiques 645 : l'ensemble de la gamme bénéficie d'une réputation de très haute qualité optique, héritée du savoir-faire Pentax en verres asphériques et traitements multicouches (SMC). Le piqué, le contraste et la gestion du flare sont généralement excellents, avec un bokeh doux apprécié en portrait.
Le poids et l'encombrement restent les principaux reproches, certains téléobjectifs dépassant aisément les 1,5 kg. La motorisation autofocus, notamment sur les optiques série FA les plus anciennes, peut sembler bruyante et lente selon les standards actuels. Enfin, le choix de focales reste plus restreint qu'en 24×36, avec des trous notables (peu de très longues focales, peu d'ouvertures très lumineuses en dessous de f/2.8).
Un atout majeur du système réside dans sa compatibilité ascendante quasi totale : une optique série A des années 1980 peut généralement être montée sur un 645Z moderne (avec parfois une perte de fonctions automatiques), ce qui en fait un système particulièrement intéressant pour les amateurs souhaitant explorer le moyen format à moindre coût en commençant par de l'optique ancienne, avant d'investir dans du matériel plus récent.
Le système Pentax 645 illustre une approche pragmatique du moyen format : moins prestigieuse dans l'imaginaire collectif qu'Hasselblad, moins modulaire que les systèmes Mamiya, mais redoutablement efficace et accessible. Le 645Z en particulier reste, plusieurs années après sa sortie, une référence pour les photographes cherchant à franchir le cap du moyen format numérique sans consentir aux budgets exorbitants de la concurrence. La richesse et la robustesse du parc optique, couplées à la compatibilité intergénérationnelle, en font un système particulièrement pérenne dans un marché photographique où l'obsolescence est généralement rapide.
Cette culture du moyen format, de l'argentique au numérique, on la fait vivre au sein du collectif. Découvrez le travail argentique de Simon Arcache lors de Regards Croisés #1 — Sound and Vision (31 juillet–2 août, Hendaye, entrée libre), et notre guide des optiques Zenzanon du système Bronica SQ.
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